Mais dis donc, il me semble qu'à "crevaison" tu évoques une photo de 4X4 avec crique, voir de tes amis Roger et Georges et... rien ! Où qu'elle est ? As-tu déjà eu l'occasion de leur montrer comment changer les bougies ? Hé, hé, hé...
Bisous

Un bout de vie au Sud-Kivu
(bon, pas toutes les lettres de l'alphabet d'accord, mais avec la méthode ...)
A comme Anecdote pour Aksanti (merci). C'est une expression très utilisée. Mais ce qui m'a le plus surpris, c'est que, malgré mes nombreuses demandes, peu de personnes ont pu me traduire le « s'il vous plaît », et ce n'est en tout cas vraiment pas une expression courante ... Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit....., je n'en déduis rien de spécial, car les Congolais sont aussi polis et agréables qu'ailleurs, et la convivialité, le sourire sont le plus souvent de mise.
B comme
Bière. Boisson nationale, la grosse majorité de la consommation est faite sur place. Bière locale ? surtout Primus, blonde ultra-populaire, légère et pas chère ! (1.500 francs congolais le « demi » = 1,5€) et la Tombo (brune au nom évocateur : éléphant !). C'est aussi la seule entreprise florissante qui n'a jamais fermé pendant les guerres !
Bureau : 2ème, 3ème, c'est le nom que l'on donne aux maîtresses. Détournement habile de la polygamie, c'est ici une expression connue, pratique courante bien que tous s'en défendent !
C comme
Contraste... saisissant entre petits coins de paradis et bidonvilles...
Crevaison. C'est l'état des routes qui donne une idée des pannes.. celle-là, c'est THE panne, la plus classique. Mais ce qu'on voit tous les jours, c'est aussi des voitures coincées dans des trous de la route, avec fréquemment un cardan cassé net. Faute d'entretien, il y a celles qui ne démarrent pas et que l'on pousse... Le plus étonnant est que malgré ce constat, très peu de congolais sont équipés. Dans les voitures, peu de « bout » pour se faire tracter, peu de planches pour sortir des trous. Les 4X4 ne sont pas un luxe ici ! Pour anecdote avec photos, ça m'est arrivé aussi lors d'une ballade avec deux amis abbés, Roger et Georges, et je craignais un peu pour l'équilibre de la voiture vu la taille du cric !
Ahhh ! Coupe du Monde 2010 ! incontournable, dans toute l'Afrique comme dans le monde. Prétexte à émeutes si on en prive les peuples, la SNEL a bizarrement fourni la ville en électricité de façon constante pendant .... Malheureusement ça n'a pas duré ! distrayante aussi, des bons moments en bonne compagnie avec les copains abbés, des commentaires pleins d'humour et quelques bières bien sûr ! mais aussi choquante, car les sommes annoncées, de salaire ou de récompense au vainqueur, sont écoeurantes ... alors on a refait le monde en imaginant ce qu'on pourrait en faire ici... on pourrait faire un appel à investissements...
D comme
Dix-huit heures, l'heure de la tombée de la nuit. Toute l'année. Ça fait partie des choses que les gens ici n'arrivent pas à s'imaginer, quand je raconte la différence de la longueur des journées, notre joie quand les jours rallongent et que l'on traîne en terrasse en rentrant du boulot, notre plaisir à rentrer cocooner à la maison quand il fait nuit tôt, mais aussi les variations d'humeur selon les saisons, voire les dépressions de novembre. Je me dis en écrivant ceci que la régularité de ce rythme de journées contribue certainement à entretenir l'humeur égale des gens ici, et que c'est sûrement aussi pour ça que je ne vois pas le temps passer... j'ai perdu mes repères basés sur le rythme des saisons...un peu monotone...
E comme
Electricité... j'aurais même peut-être du mettre cette rubrique à C comme coupure... c'est à ce jour la chose que j'ai peut-être le plus de mal à supporter. La journée, au travail, il y a le groupe électrogène. A la Procure, il a été longtemps en panne grave, alors, quand on rentre et qu'il fait nuit, on ne sait pas quoi faire, les yeux fatiguent à la bougie, on boit quelques bières ou on fait une sieste... en tout cas, c'est souvent pour moi l'heure de la rumination et du « je-sais-pas-quoi-faire ».
Chez nous, l'électricité, c'est une fée. Ici , ce serait en fait la fée Carabosse ! Des esprits malins, corrompus et avides de pouvoir et d'argent, ne se sont pas contentés de se pencher sur le berceau des infrastructures de ce pays, ils se sont carrément couchés dedans !! Malgré une centrale performante pour toute la région installée au Rwanda voisin, les petits citoyens que nous sommes sont donc soumis aux pannes incessantes du réseau, aux installations obsolètes et en surcharge permanente, dont l'argent destiné à l'entretien finance davantage le luxe exclusif de quelques-uns que le confort minimum de l'immense majorité.
Mais aussi comme Elégance, et plus précisément sur terrain accidenté... j'ai déjà évoqué les routes, mais c'est pareil pour les piétons... peu de bitume, donc routes de terre sans trottoir déformées par les pluies. Et là, je suis en admiration ! des trous, des bosses, et personne ne trébuche ! les femmes surtout marchent la tête haute, elles ont un port de reine, habituées depuis des générations à équilibrer des charges sur leur tête (ça vaut mille cours de maintien de Mme de Fontenay !), le pied est sûr malgré les talons (très !) hauts, le regard porte au loin... Le rouge me monte au front quand je me rappelle mon premier trajet de mon logement au Centre OLAME. Il faut prendre la route de l'université, à pied, sur environ 300m. Je suis blanche, tous se tournent vers moi, je sens le poids des regards. Il faut paraître détendue, sourire mais pas trop pour ne pas le faire passer pour une provocation, lever le menton et marcher la tête droite... mais ces trous, ces bosses !! la concentration est intense, il faut « ressentir » ses jambes, lever les pieds suffisamment pour ne pas trébucher, mais pas trop .... Tout en faisant mine de marcher de façon détendue, étudier le terrain, repérer les embuches.... Mama Yangu ! (mamma mia) comme on dit ici... quel effort suprême... plus de 4 fois j'ai cru m'étaler de tout mon long.... Intense effort de dignité... la sueur coulait dans mon dos quand je suis arrivée à Olamé... depuis, ça va, je me suis habituée et les étudiants aussi....
L'élégance est aussi vestimentaire. Quel que soit le temps, l'heure, l'endroit, les tenues sont recherchées, les chemises repassées. En pleine période des pluies, alors que les gens descendent en ville par la colline et accumulent la boue sous les chaussures, ils arrivent au travail impeccables... il y a partout des robinets, des « gratte-semelles », et les femmes ont souvent une 2ème paire de chaussures sur elles. Bref, trop fort !
I comme Internet : ici, on ne décide pas du moment d'écrire un mail, d'alimenter un blog, le réseau électrique le fait pour vous. Source d'énervement constant, voire de déprime quand je trouve 10mn au boulot pour écrire et que une coupure fait disparaître les grosses bises que je vous envoyais sur la toile !
J comme
JIF. le 8 mai : Naîvement, j'ai posé la question de la signification de ces 3 lettres sur les banderoles... regard surpris mêlé de dédain : « Journée Internationale de la Femme ». mais oui bien sûr ! ici, c'est une institution, un grand moment de fête, où les pagnes colorés se multiplient, où la bière coule à flots. Mais aussi un moment d'expression faussé, où les marches en noir avec banderoles contre le viol sont interdites par les autorités, décision contre laquelle il n'est pas sage voir dangereux de passer outre...
K comme
Klaxon : l'outil essentiel sur une voiture ici. Les feux peuvent être en panne, mais on ne saurait se passer de cet accessoire qui régit la circulation. Au Congo, on conduit à l'oreille. On marche aussi. Les piétons sont habitués à se faire rappeler ainsi à l'ordre. Les rétroviseurs ? quand ils sont encore là, ils ne servent pas. Clignotant ? c'est quoi, çà ? C'est donc un incessant concert en ville. Au début, je me retournais à chaque fois... Les camions en jouent aussi, et là, ça fait peur... tout le monde se pousse devant ! Ces trompes puissantes sont les seuls à parvenir à monter sur la colline, et d'ici, ils ressemblent à la corme de brume des bateaux. Ce son me serre le coeur ou me fait du bien selon l'état du moment, il me transporte à Brest. En fermant les yeux, je me retrouve ainsi à la maison, à des milliers de kilomètres d'ici.... Si on rajoute le bruit des groupes électrogènes, les conversations à grand renfort de décibels au téléphone (c'est bien connu, les gens à l'autre bout sont sourds !!), ... sans commentaires... Fatiguant, mais on s'habitue à cette ville bruyante, bruissante.
M comme :
MONUC. Le monde de Oui-Oui dans un pays en déroute, avec ses habitants, les Monutiens et les Monutiennes, « dignes » représentants d'un symbolique soutien ONUSIEN. Tout va bien, je vais bien... c'est en tout cas ce qu'ils donnent à voir. Ici, on les appelle « l'armée en vacances ». Au même moment ou de multiples sources dénoncent leur inaction en milieu rural qui serait partout ailleurs qualifiée de « non-assistance à personne en danger », ils sont chaque samedi (car côté insécurité il y a aussi apparemment la pause du Week-end !) au minimum 5 camions à se déverser dans la rue principale et faire leurs achats. Ces paisibles extra-terrestres doivent avoir pour mission de se protéger d'abord, car ils patrouillent dans leurs véhicules avec casque, lunettes, gilet pare-balles, et parfois masque !
Leur look ? Pour une grande majorité pakistanais musulmans, ils arborent de magnifiques barbes noires. Nombreux sont les paisibles citoyens musulmans de par le monde qui s'attirent la méfiance des autorités pour moins que ça ! En civil, ils ne passeraient pas dans un aéroport américain !
Muzungu Le blanc, l'occidental, en gros celui qui cueille les billets de banque sur les arbres dans son pays. Alors forcément, on est sollicités, en fait harcelés... ça va mieux aujourd'hui au bout de quelques mois, mais j'ai compté au début une moyenne de 5 personnes par jour qui m'arrêtent dans la rue ou viennent me voir chez moi ou au boulot pour expliquer leur misère et demander de l'aide, comprenez de l'argent. Et comme je suis dans l'éducation, n'est-ce pas, j'explique et j'explique encore... éviter la colère, la lassitude, voire la pitié, expliquer et expliquer encore et encore...
Marcelline est une petite fille d'environ 7 ans avec qui on a un peu flashé. Elle ne parle que très peu français et je suis loin de maîtriser le swahili... on essaie de se comprendre... mais je vous reparlerai d'elle, et des enfants d'ici. Elle fait partie de ces enfants délaissés par des parents miséreux, orphelins de guerre, que l'on prétend sorcier pour s'en débarrasser car ils coûtent cher à nourrir. Ils sont 6.000 dans les rues de Bukavu.
P comme
Permis de conduire Samedi 15 mai. 4 mois jour pour jour après mon arrivée, première leçon de conduite sur les routes de Bukavu, et obtention du permis de conduire ! obtention ? en fait « achat ». .
40$ (env 33€), et le tour est joué, j'ai même le droit de conduire des semi-remorques et des autobus !!
Au moins, je suis tranquille, je suis en règle, un prétexte de moins pour des policiers corrompus de se faire un peu d'argent sur le dos de la muzungu....
Comme Post-nom. Ici il y a le nom, le prénom et aussi le post-nom. Des collègues de travail m'ont fait l'immense honneur de m'attribuer un post-nom, moi qui n'en ai pas. Ils m'ont dit « maintenant, quand tu te présenteras, tu diras Cécile Bisimwa Chauvet ». Bisimwa est un nom très répandu dans le Bushi (cette région du Kivu) et signifie « bien-aimé ». C'est vous dire si j'étais émue !
Et aussi comme Paludisme. Ici, c'est la malaria, et je ne crois pas exagérer en estimant qu'elle touche au moins 70% de la population. Les gens vivent avec, font des crises régulièrement, plus ou moins violentes. Les maisons sont loin d'être toutes équipées en moustiquaires, surtout dans les villages, et le système de soins ne permet pas à la majorité d'y accéder. C'est un vrai fléau, comme la malnutrition et le SIDA. J'ai vu sur Internet que Cheryl Cole est en danger de mort et hospitalisée pour paludisme. C'est vrai que les occidentaux sont moins habitués, mais faire la une de l'actualité pour une crise dont meurent des milliers de gens chaque année, c'est le genre de news qui me révolte chaque jour. Paillettes et people-mania, bien plus médiatique que la misère et le développement !
R comme Routes, Les guerres successives et la corruption dans le pays ont provoqué un total délabrement des routes, c'est vrai, j'ai jamais vu ça, même nos terrains de jeux européens pour 4X4 et émotions tout terrain sont encore très loin de la réalité ici ... il y a de l'argent pour les infra-structures, mais, soit il n'arrive jamais, soit il n'arrive qu'en partie, avec donc des réalisations de moindre qualité. seuls les déplacements à pied sont possibles dans certaines zones, avec toutes les difficultés que l'on imagine en saison des pluies et sur terre d'argile...
S comme Saison .
Celle des pluies, moi je croyais que c'était aussi la saison des moustiques et des températures plus fraîches... c'est exactement le contraire !! côté températures, c'est entre avril et septembre en saison sèche que les écarts de températures sont les plus grands dans la journée, environ 15° entre 14h (32°) et 20h (16°). Autant vous dire que ça fait bizarre et que effectivement le soir, on supporte souvent une (ptite) polaire, le vent souffle fort en rafales (à vue de nez pour réviser la nav 5B !), le lac est plissé, le ciel est bas ... moi ça me dérange pas, ça fait même plutôt du bien, ça me rappelle la maison ! et c'est aussi la saison des moustiques, car il y a peu d'eau, et ils se portent très bien ici à côté du lac ... et là, planquez-vous ! ils se mettent en ordre de marche, organisent leurs bataillons et passent à l'attaque ! en ce mois de juillet, c'est la fin de la saison sèche, les premières pluies vont retomber vers le 15, petit à petit, et c'est la pleine éclosion de ces voraces volatiles ! les boutons rouges fleurissent sur chaque petit bout de peau qui dépasse.. je ne prends plus mon traitement antipalu, alors j'espère qu'ils ne sont pas porteurs de malaria.
T comme Téléphone. Une anecdote raconte que depuis que le marché sud-africain a pénétré le sol congolais, le chiffre d'affaires a littéralement explosé ! 2, c'est le minimum, mais 3 c'est bien. Par personne, bien sûr. 1 téléphone par réseau aussi, car les couvertures sont très diverses et fonctionnent au km près.
W comme Whaouuu ! j'ai vu une carrière où les pierres semblent pousser en tube (photos), où elles tombent toutes seules à terre, et où on n'a qu'à se baisser pour les ramasser... elles ont même la présence d'esprit de se fractionner aux dimensions utilisables... énorme bouquet de pierres qui s'offre ainsi à la reconstruction... quelle richesse, quelle symbolique pour le potentiel de ce pays !
Je m'arrête là, parce que en fait j'en rajoute toutes les semaines... je referai une fournée de dictionnaire congolais, il en reste !
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