J'ai écrit ce qui suit il y a déjà 2 mois ? oh là là ... ! je vous avais dit que j'avais des articles en retard.... ! j'essaie d'alterner entre mise à jour et actualités....
Aujourd'hui 30 avril ... demain c'est le 1er mai, fête du travail. Ici aussi. J'ignorais qu'elle était internationale, ou au moins également belge. Et comme en Belgique, quand un jour férié tombe sur un jour non travaillé, il est récupéré. Sympa, non ? Mais, bon, ne comptons pas sur notre Napoléon national pour s'aligner sur ce genre de pratiques en France ! l'Econome Général, en tant que responsable de l'ensemble du personnel du Diocèse, a donc décrété ce vendredi 30 avril comme férié. Et donc, en tant que service de l'Eglise, le Centre OLAME est fermé aujourd'hui. Je suis donc restée au lit ! et heureusement, car, dans un dernier sursaut avant la fin de la saison des pluies prévue ce mois de mai, la pluie se déchaîne et déverse des trombes d'eau toutes les 3 heures. Et quand il pleut ici, ça ne rigole pas !
Comme à chaque fois, cela m'impressionne. Je suis à l'abri. Mais mon coeur se serre aussi à chaque fois. Je sais que sur la colline, à portée de regard, les congolais subissent ces pluies diluviennes dans des conditions terribles. Il me revient à chaque fois à l'esprit le souvenir de mon premier WE ici, cette image qui m'a sautée aux yeux au détour d'un virage, bien à l'abri dans la Land Rover. A droite de la route ( rappelez-vous !!), l'eau se déverse en ruisseaux du talus raviné, ou quelques arbres aux racines .........tentent de s'accrocher désespérément à une terre qui s'effondre inexorablement. Juste en dessous, assises à même le sol, des femmes dont une serrée contre sa fillette d'à peine dix ans, se recroquevillent sous des bâches tâchées de boue pour éviter les trombes d'eau. Elles tentent de protéger des ruissellements les bananes, oignons et arachides, dont la vente à cet instant incertaine doit leur procurer de quoi subvenir aux besoins élémentaires de la famille. L'eau s'écoule, traverse la patinoire de glaise aux ravines impressionnantes qui s'appelle la route. A gauche, les ruisseaux qu'elle a formés dès le talus s'engouffrent entre des baraques de fortune et d'agencement anarchique, bois et toits de tôles, contournant les angles en creusant des rigoles, dévalent la pente de la colline en arrondissant les marches taillées à la machette et sur lesquelles il devient incertain de s'aventurer. Serrés contre les maisons, des hommes, femmes et enfants, ont sorti également quelques bâches sous lesquelles ils attendent la fin de cette pluie torrentielle à laquelle ils sont habitués et soumis. Soumission car impuissance. Ce sont les termes qui me viennent. Démunis sont ces gens face aux conditions climatiques, aux conditions de vie précaires, dans l'incapacité matérielle de mieux s'adapter matériellement à leur environnement qui en devient presque hostile.
Je n'ai pas de photo .. je n'ai pas osé.
1er mai, 2 mai .. même tristesse du ciel, il pleut encore et encore ... dans quel état peuvent bien être les ruelles de Kadutu, quartier populaire à la densité impressionnante et aux escaliers de glaise...
Je réalise ce que peut être la saison des pluies ici. Parce que c'est la première fois que je vois ça depuis que je suis arrivée. Et, d'après beaucoup de locaux, c'est exceptionnel, effectivement il n'a pas beaucoup plus cette année. Bonne chose pour tous ceux qui se déplacent à pied et qui vivent à même la boue, mais inquiétant pour l'équilibre de la région, les cultures. Plusieurs y voient un signe du réchauffement climatique et sont inquiets pour l'avenir du climat privilégié de la région des Grands Lacs, si propice à une richesse et une diversité de cultures, une douceur de vivre dans des températures moins extrêmes que dans d'autres régions du Congo et d'Afrique.
Il ne faudrait pas que cet inquiétant changement ne vienne s'ajouter trop rapidement à tous les défis de reconstruction de cette région....
A très bientôt pour impressions de saison sèche !
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