...on ne peut que se porter bien...Enfin, un peu misérable de faire le Caliméro ! J'ai confiance pour tes projets, les défis te motivent, non ?
Allez, bises

Un bout de vie au Sud-Kivu
Ce que j'avais pressenti de la situation du Congo avant de venir se précise, malheureusement en pire.
Autour de moi, le chaos.
On sent à se promener dans les rues de Bukavu que cette ville a été belle. Un discours plein de nostalgie flotte ici sur la beauté, la propreté, la mine superbe de la ville il y a un peu plus de 50 ans, du temps de la colonisation belge. Quelques uns ont perdu espoir de la revoir ainsi avant la fin de leur vie... La guerre est passée par ici. Si les combats ont aussi sévi dans la ville, les dégâts sont autant causés par la tornade dévastatrice d'une terrible désorganisation politique, économique et sociale, les conséquences de la corruption des dirigeants. Le Congo est un pays riche, mais qui ne profite qu'à quelques uns au détriment de la grande majorité de la population. Je sais, ça arrive souvent et partout, mais ici, la vie quotidienne en est une galère. Selon la propre déclaration de la Maire de la Ville, seuls 10% des crédits arrivent dans les caisses. Comment alors entretenir un réseau d'eau ? organiser un plan d'urbanisme pour accueillir ces milliers de déplacés ? lutter contre la déforestation et l'érosion des sols qui font s'écrouler des pans entiers de colline, entraînant les maisons avec parfois des conséquences dramatiques pour leurs habitants ?
Les routes sont tellement défoncées que le seul code de la route valable est celui d'éviter les nids-d'autruche (eh oui, nous on ne connait que les nids-de-poule !), et donc les véhicules qui arrivent en face et de tous côtés !
La ville est surpeuplée, surtout dans les quartiers populaires. L'image, à la nuit tombée et à la lumière des phares de nos véhicules protecteurs, de ces centaines d'habitants se déplaçant dans les rues privées d'électricité est hallucinante, évitant les flaques et les trous, escaladant les ruelles de terre souvent transformées en torrents de boue à la saison des pluies.
La pauvreté extrême est bien là, drainant toutes les tentations de comportement déviant : les cambriolages sont monnaie courante, en pleine nuit et en présence des habitants. Les armes deviennent fréquentes. La semaine précédant Pâques, 2 jeunes garçons, un enfant et un adolescent, ont été la cible de tir en pleine rue et en pleine journée. Seul l'adolescent a survécu, dans un état grave.
Si je ne ressens pas directement l'insécurité ici, si nous sommes protégés à Bukavu et plus particulièrement en tant qu'activité du diocèse, elle est quand même une préoccupation omniprésente. Toutes les fenêtres des maisons sont équipées de grilles, plus que de moustiquaires.
(mon bureau)
Quand la nuit tombe, les portails se ferment et les gardiens veillent toute la nuit (on les appelle ici les sentinelles).
Où se situe l'intolérable, l'insupportable ? pour moi, européenne, il est dépassé haut-la-main. Je me dis même souvent que le stade de l'inhumain est atteint. Il est des images qui m'ont marquées et qui s'imposent souvent à moi, enfants des rues dormant à terre, les dégâts des pluies torrentielles, les fardeaux des femmes, un artiste de rue m'écrivant une lettre pathétique car il ne peut plus payer son loyer et l'école de ses enfants, une femme partant d'une de nos soirées et emportant des restes de riz pour ses enfants, ... autant de « flashes » qui ressortiront souvent ici.... (et ça c'est les plus soft !)
Mais alors ? Y-a-t-il de l'espoir ?
OUI !! les petites lumières sont nombreuses. J'ai rencontré beaucoup de congolais qui veulent se relever, lutter, et retrouver la paix. C'est de toutes ces petites lumières-là dont j'ai envie de vous parler.
Même si effectivement on se demande par où commencer, l'action est en marche, souvent individuellement, parfois collectivement, avec un peu de peine à s'organiser, mais avec quelle passion et détermination ! Je rencontre des exemples de vrai courage, de ceux dont on ne parlera jamais dans la presse internationale, mais qui sont j'en suis sûre des petites graines pour demain.
Je finis donc sur un rendez-vous : après cette grande tirade de généralités, je reviens bientôt pour vous présenter davantage ce que je ressens des difficultés ici, mais aussi de mes collègues, mes rencontres, mes amis, et tous les projets qui vont avec !
Quant à vous, portez-vous bien, prenez soin de vous, je pense à vous !
...on ne peut que se porter bien...Enfin, un peu misérable de faire le Caliméro ! J'ai confiance pour tes projets, les défis te motivent, non ?
Allez, bises
On va arrêter de plaindre pour de petits riens....
Heureuse de te lire, nous pensons très souvent à toi et avons hâte de te revoir.
bises.
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